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Que peut apprendre l’Europe d’une Chine plus ouverte ?

THOMAS KARLSSON*  ·  2026-03-03  ·   Source: La Chine au présent
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L’engagement de la Chine en faveur d’une ouverture de haut niveau durant son 15e Plan quinquennal offre à l’Europe une approche alternative pour renforcer sa résilience économique. 

Des employés d’Airbus et des membres d’équipage de Hainan Airlines posent devant un A330neo, le 11 novembre 2025.

Dans la pratique médicale, un médecin avisé ne traite pas une fièvre en plongeant le patient dans un bain de glace. Le choc soudain peut faire baisser la température, mais il risque de provoquer un effondrement systémique. Le traitement approprié consiste plutôt à soutenir la résilience propre du corps, à combattre l’infection et à rétablir un équilibre sain. Aujourd’hui, l’Europe fait face à un défi diagnostique similaire dans sa politique économique. Face à l’instabilité mondiale, à la croissance atone et à la prétendue « rivalité stratégique », la prescription dominante à Bruxelles a été la « réduction des risques » et le « découplage » des chaînes d’approvisionnement asiatiques, et plus particulièrement chinoises. Mais est-ce vraiment le remède d’un conseiller économique avisé ?

À l’autre bout du continent eurasiatique, les décideurs politiques tirent des conclusions différentes de leur analyse des perspectives économiques mondiales. La Chine a récemment dévoilé les recommandations pour l’élaboration du 15e Plan quinquennal (2026-2030), proposant un remède radicalement différent pour évoluer dans un monde fragmenté. Alors que l’Europe débat du degré de découplage à adopter, le plan de la Chine mise sur un couplage plus profond – une « ouverture de haut niveau ». Pour le lecteur européen, comprendre cette stratégie constitue une leçon cruciale de logique économique à long terme. Elle nous oblige à examiner nos propres choix : dans l’intérêt de la prospérité, de la sécurité et du bien-être futur de l’Europe, la réduction des risques par le désengagement est-elle vraiment la voie la plus sage ?

Les décideurs chinois voient dans le protectionnisme une pathologie systémique

L’ordre économique et commercial international fait face à de graves défis. La réponse de l’Europe, incarnée dans la Stratégie de sécurité économique, se concentre fortement sur la défense du marché européen : contrôle des investissements entrants, durcissement des restrictions à l’exportation et hausse des droits de douane sur les importations chinoises. Nous essayons d’éviter une « contagion » économique en restant repliés sur nous et en fermant nos portes.

Le plan chinois, au contraire, considère que le véritable pathogène est le protectionnisme lui-même. Le remède n’est donc pas une dose supplémentaire de ce poison, mais le renforcement du système immunitaire par une intégration plus profonde et plus intelligente. Les recommandations indiquent : « L’ouverture et la coopération pour un bénéfice mutuel sont indispensables à la modernisation chinoise. » Cela révèle l’importance stratégique que les décideurs chinois accordent à l’ouverture économique. Pour eux, elle est clairement liée à leur priorité absolue : un développement national sur tous les plans. Alors que l’Europe perçoit souvent l’ouverture comme une vulnérabilité à gérer, la Chine la considère comme la source même de la force, de l’innovation et de la sécurité pour ses 1,4 milliard d’habitants.

Alors, que signifie concrètement une « ouverture de haut niveau » ? C’est une transition du simple commerce de biens à l’intégration des systèmes. Le plan met l’accent sur « l’alignement avec les règles économiques et commerciales internationales de haut niveau ». Celles-ci peuvent inclure le Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP) et l’Accord sur le partenariat en matière d’économie numérique (DEPA) auxquels la Chine souhaite adhérer. L’objectif est de créer un « environnement commercial internationalisé orienté vers le marché et fondé sur le droit ».

Malgré les tensions géopolitiques, les géants industriels européens comme Siemens, Airbus et IKEA ne se retirent pas de Chine. Au contraire, ils approfondissent leur ancrage. Lors de l’Exposition internationale d’importation de la Chine (CIIE) 2025, des entreprises comme Kärcher ont montré comment le marché dynamique chinois sert de laboratoire d’innovation rapide pour les produits mondiaux. IKEA a construit l’ensemble de sa chaîne de valeur dans le pays, incluant production, développement et vente au détail. Comme le note le Rapport sur l’ouverture mondiale 2025 publié lors du 8e Forum économique international de Hongqiao à Shanghai, l’indice d’ouverture de la Chine n’a cessé de croître depuis des décennies. Ces entreprises votent avec leurs investissements, témoignant que la résilience provient d’une présence diversifiée, et non du repli.

Magasin IKEA dans l’arrondissement de Tongzhou à Beijing, le 12 décembre 2025

Leçons pour l’économie européenne

L’agenda de réduction des risques de l’Europe confond les symptômes avec les causes. Le symptôme est une dépendance perçue envers un seul fournisseur pour un intrant critique. La cause est en réalité l’absence d’un commerce diversifié fondé sur des règles. Le plan chinois prescrit de traiter le problème en élargissant et en institutionnalisant les connexions, plutôt qu’en les rompant.

Un patient ne peut guérir en se repliant sur lui-même ou en limitant son alimentation à un seul type de nourriture. La santé requiert une nutrition diversifiée et des interactions sociales. De même, la Chine recherche la santé économique en se positionnant comme un fournisseur fiable et de qualité, en améliorant ses contrôles institutionnels et en élargissant l’accès au marché, y compris la suppression de toutes les restrictions aux investissements étrangers dans l’industrie manufacturière.

Les Européens doivent comprendre que l’autonomie stratégique ne peut pas être réalisée dans l’isolement. La véritable autonomie est la capacité à façonner les règles et à prospérer dans des systèmes interconnectés. Une forteresse isolée peut sembler sûre, mais c’est une route vers la stagnation. À l’inverse, le plan chinois affirme : « Il est essentiel pour nous de consolider la sécurité par le développement et de promouvoir le développement dans un cadre sécurisé. » Les décideurs chinois osent voir la sécurité et l’ouverture comme synergiques. Osons-nous faire de même ?

La question vitale pour les citoyens européens

Cela nous amène à l’intérêt fondamental du citoyen européen : qu’est-ce qui sert son bien-être à long terme ?

Emplois et croissance : La rhétorique du découplage néglige souvent les moyens de subsistance européens liés aux chaînes d’approvisionnement complexes impliquant la Chine. Des ouvriers automobiles allemands aux ingénieurs aérospatiaux français, la prospérité dépend d’une production intégrée. Le marché chinois soutient directement plus de 1,4 million d’emplois dans l’UE. Une politique de fermeture entraînerait une contraction économique douloureuse.

Innovation et transition verte : Les objectifs climatiques de l’Europe sont extrêmement coûteux. Les atteindre nécessite des technologies abordables et une innovation rapide – domaines dans lesquels la Chine, premier producteur et premier marché mondial de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques, occupe une position de leader. Couper la collaboration et le commerce dans ces secteurs ne réduit pas les risques de la transition européenne ; au contraire, cela la met en péril. Agir seul risquerait de ralentir les progrès et d’augmenter les coûts pour les contribuables et les consommateurs européens.

Inflation et niveau de vie : Perturber les chaînes d’approvisionnement fonctionnelles conduit inévitablement à l’inflation. Relocaliser la production dans des régions à coûts plus élevés ou limiter les options d’importation fait augmenter les prix de tout, de l’électronique aux vêtements. Les taxes protectionnistes ne nous enrichissent pas ; au contraire, ils érodent notre pouvoir d’achat à mesure que les prix augmentent.

Le 15e Plan quinquennal chinois, dans son engagement inébranlable envers l’ouverture, montre que la réponse la plus confiante et tournée vers l’avenir face à l’incertitude n’est pas de se replier, mais de s’engager selon ses propres termes, avec des règles claires, et à partir d’une position de force construite sur l’intégration.

La suggestion pour l’Europe n’est pas de copier le modèle chinois, mais de comprendre sa logique stratégique. Le chemin vers une résilience économique à long terme ne réside pas dans un plus grand isolement, mais dans une ouverture plus assurée, fondée sur des règles et tournée vers l’avenir. Cela signifie : agir par le biais des systèmes commerciaux multilatéraux comme l’OMC pour rendre les règles transparentes et équitables pour tous. Finaliser des accords commerciaux stratégiques et s’engager dans un dialogue institutionnel robuste avec les partenaires pour gérer la concurrence. En résumé, il s’agit de rivaliser en s’améliorant, et non en érigeant des murs.

La fièvre des tensions géopolitiques est réelle. Mais avant d’accepter le traitement glacial du découplage, nous devons nous demander : traitons-nous le patient, ou le rendons-nous plus malade ?

Les recommandations chinoises pour l’élaboration du 15e Plan quinquennal, document d’analyse stratégique rationnelle, suggèrent que, dans un monde interconnecté, la résilience ne se trouve pas derrière des murs plus épais, mais dans la construction de ponts plus nombreux et plus solides.

 

*THOMAS KARLSSON est chercheur à l’Institut Belt & Road en Suède.

 

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