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Vers un nouveau paradigme de développement chinois

WAN ZHE*  ·  2025-12-04  ·   Source: La Chine au présent
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En combinant PIB et RNB, la Chine transforme son développement en une économie centrée sur l’humain tout en renforçant son rôle dans l’économie mondiale. 

Des équipements lourds de Taiyuan Heavy Machinery Group, le 1er juillet 2025 

La 4e session plénière du 20e Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a examiné et adopté les Propositions du Comité central du PCC pour l’élaboration du 15e Plan quinquennal de développement économique et social (ci-après dénommées les Propositions). Wang Wentao, secrétaire du groupe dirigeant du PCC et ministre du ministère du Commerce, a souligné que, pendant la période du 15e Plan quinquennal, la Chine adopterait une approche intégrée combinant PIB (produit intérieur brut) et RNB (revenu national brut). Tout en développant l’« économie chinoise », le pays accorderait également une attention accrue à l’« économie des Chinois ».

Cette formulation marque une mise à niveau stratégique du concept de développement économique chinois, reflétant une transition d’une approche traditionnelle centrée sur la production vers une vision plus globale et davantage axée sur l’humain. L’essentiel réside dans le passage d’un accent mis sur la « production nationale » à une planification intégrée de la « richesse nationale », favorisant une transformation profonde du paradigme de développement.

Deux indicateurs pour une vision complète

Le PIB mesure le résultat des activités de production de toutes les unités résidentes à l’intérieur d’un pays, reflétant ainsi la production économique réalisée sur un territoire donné. Le RNB, en revanche, correspond au PIB augmenté des revenus nets provenant de l’étranger, tels que les bénéfices d’investissements ou les revenus liés au travail transfrontalier, offrant une vision plus complète de la richesse réelle d’un pays.

Si le PIB indique où la production se réalise, le RNB révèle qui en retire les revenus. Alors que le PIB se concentre sur la production domestique, le RNB couvre un champ plus large. Par exemple, les bénéfices réalisés par des entreprises chinoises sur des usines ou filiales implantées à l’étranger ne sont pas inclus dans le PIB, mais figurent dans le calcul du RNB.

Ces deux indicateurs ne se remplacent pas l’un l’autre ; ils sont étroitement liés et complémentaires. Le concept d’« économie chinoise » repose sur la production nationale et constitue le socle pour stabiliser l’emploi et protéger le niveau de vie, alors que celui d’« économie des Chinois » met l’accent sur la capacité des citoyens à mobiliser et à allouer des ressources à l’échelle mondiale, incluant les revenus issus d’actifs étrangers et l’implantation de multinationales. Ensemble, ces deux dimensions représentent les deux faces d’une même pièce de la puissance nationale.

Selon les données du ministère du Commerce, à la fin de 2024, la Chine comptait plus de 50 000 entreprises établies à l’étranger, réparties dans 190 pays et régions. Le stock d’investissements directs à l’étranger dépassait 3 000 milliards de dollars, plaçant la Chine parmi les trois principaux investisseurs mondiaux pour la huitième année consécutive et représentant 7,2 % des investissements étrangers totaux au niveau mondial.

Le constructeur chinois Wuling lance ses monospaces entièrement électrique et hybride à Tangerang en Indonésie, le 5 novembre 2025.

PIB et RNB pour un développement intégré et compétitif

La coordination entre le PIB et le RNB, ainsi que la prise en compte de l’« économie chinoise » et de l’« économie des Chinois », constituent une étape clé pour la Chine afin de promouvoir un niveau d’ouverture plus élevé et d’atteindre un développement de haute qualité.

D’une part, cette approche renforce la résilience de l’économie face aux fluctuations mondiales. Face à la montée des tendances de démondialisation, se baser uniquement sur le PIB rend l’économie vulnérable aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales. L’accroissement du RNB implique d’encourager les entreprises à investir et coopérer à l’étranger, afin de mieux intégrer les ressources mondiales. Les Propositions soulignent l’importance d’élargir l’espace de coopération pour les investissements bilatéraux, ce qui contribue non seulement à attirer des capitaux étrangers et à améliorer les chaînes industrielles nationales, mais aussi à permettre à la Chine de se développer à l’international et de partager les opportunités de développement globales.

D’autre part, cette stratégie favorise la transformation et la montée en gamme de la structure économique. La croissance du RNB dépend de plus en plus de l’exportation de facteurs à forte valeur ajoutée, tels que la technologie et les marques. Si le secteur manufacturier chinois conserve une taille de premier plan mondial depuis quinze ans, les investissements à l’étranger dans les secteurs de haute technologie ont toujours un potentiel important. Encourager les entreprises chinoises à développer leurs activités à l’échelle mondiale, c’est-à-dire promouvoir l’« économie des Chinois », permet de les impliquer dans une concurrence internationale plus avancée, de faire progresser les industries le long de la chaîne de valeur mondiale et de passer du « Made in China » au « Created in China ».

Enfin, cette approche constitue également une voie essentielle vers la prospérité commune. La croissance du RNB contribue au développement socioéconomique intérieur par le rapatriement des profits, les recettes fiscales et la création d’emplois. Les bénéfices réalisés à l’étranger peuvent ainsi être réinvestis pour financer l’innovation technologique et améliorer le bien-être social en Chine. De plus, l’expérience en gestion et la vision internationale acquises dans les activités transnationales renforcent la compétitivité des industries nationales, créant un cercle vertueux dans lequel l’intégration globale accroît la puissance des entreprises et bénéficie ensuite à l’économie domestique.

Construire un système économique ouvert de haut niveau

La session plénière a proposé d’élargir l’ouverture de haut niveau et d’inaugurer une nouvelle ère de coopération gagnant-gagnant, ainsi que de développer l’espace de coopération pour les investissements bilatéraux et de promouvoir une coopération de qualité dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » (ICR). Ces orientations montrent que la Chine s’engage à bâtir un système économique ouvert de haut niveau, dont l’objectif central est d’aligner les réglementations nationales sur les normes élevées des accords commerciaux internationaux, afin de créer un environnement plus stable, transparent et prévisible pour les investisseurs mondiaux et les entreprises chinoises.

Pour faciliter les investissements étrangers, la Chine poursuit la simplification de l’accès au marché. Les restrictions dans le secteur manufacturier ont été entièrement supprimées, et des projets pilotes ont ouvert des secteurs de services tels que la santé et les télécommunications. Par la réduction de la liste négative et l’optimisation de l’environnement des affaires, l’objectif est d’orienter les investissements étrangers vers la fabrication avancée, l’économie numérique et d’autres secteurs.

Pour soutenir la globalisation des entreprises nationales, les politiques les encouragent à étendre leurs activités à l’étranger via des fusions-acquisitions ou des investissements en projet ex nihilo. Dans le cadre de l’ICR, les investissements directs chinois dans les pays partenaires augmentent régulièrement, favorisant le partage de technologies et d’expertises de gestion, notamment dans les chemins de fer à grande vitesse et la nouvelle énergie.

Enfin, l’ouverture se traduit également par une harmonisation des règles. La Chine cherche activement à aligner ses réglementations avec celles d’accords internationaux de haut niveau, comme le Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP) et l’Accord sur le partenariat en matière d’économie numérique (DEPA), démontrant sa détermination à poursuivre les réformes et à renforcer l’ouverture économique.

Du PIB au RNB pour un développement mondial

La coordination entre le PIB et le RNB offre également une perspective chinoise pour la gouvernance économique mondiale. Ce concept fournit aux pays en développement un référentiel pour explorer des trajectoires adaptées à leur contexte propre.

En équilibrant efficacité et équité, la croissance du RNB permet d’agrandir le gâteau de la richesse nationale, fournissant ainsi une base matérielle pour réduire les écarts de revenus. Elle contribue également à renforcer la résilience face aux risques, et la diversification des actifs à l’échelle mondiale peut réduire l’impact de la volatilité d’un marché unique.

En 2024, les pays partenaires de l’ICR représentaient plus de la moitié du commerce extérieur de la Chine, atténuant efficacement l’impact des variations de la demande sur les marchés européen et américain.

L’« économie des Chinois » encourage également le partage des bénéfices du développement avec les pays hôtes, favorisant une mondialisation inclusive. La mise en service du chemin de fer Chine-Laos a ainsi stimulé de manière significative le PIB du Laos, illustrant concrètement le principe d’ouverture gagnant-gagnant.

Le passage d’un modèle centré sur le PIB à une approche combinant PIB et RNB, et de l’« économie chinoise » à l’« économie des Chinois », marque une transformation profonde de la conception du développement. Il reflète la volonté de la Chine de participer à la gouvernance économique mondiale avec une posture plus ouverte et, en construisant un nouveau modèle de développement, de réaliser le passage historique de « l’usine du monde » au « créateur de valeur mondiale ».

L’objectif ultime de cette réorientation stratégique est de faire profiter pleinement tous les citoyens des fruits du développement et d’atteindre un bénéfice mutuel à l’échelle mondiale, en apportant sagesse et force chinoises au système de gouvernance économique mondiale.

 

*WAN ZHE est économiste et professeur à l’Université normale de Beijing.

 

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