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Musée du Palais : le siècle des renaissances |
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| LI QING* · 2025-12-05 · Source: La Chine au présent | |
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Des créatures mythologiques sur les toits de la Cité interdite
Les toits dorés et les murs vermillon de la Cité interdite irradient la majesté d’une époque révolue. Ce site emblématique porte témoignage d’un passé jalonné de guerres et de bouleversements, renfermant des récits de résilience et de dévotion qui défient le temps. L’ancien palais impérial, au cœur de Beijing, savoure l’ampleur de la métamorphose entamée il y a cent ans.
Pendant des siècles, les gens ordinaires ne pouvaient qu’entrevoir fugitivement les faîtes dorés du palais au-delà de ses murs imposants, laissant leur imagination vagabonder parmi les arcanes qu’il recelait. Ce paravent impérial fut enfin levé le 10 octobre 1925 : la Cité interdite se transforma alors en Musée du Palais. L’ancienne résidence de 24 empereurs des dynasties Ming (1368-1644) et Qing (1644-1911) dévoila pour la première fois au public ses collections de reliques culturelles, attirant une foule impressionnante qui se pressait sous la Porte méridienne, l’entrée sud de la cour impériale.
Aujourd’hui, le Musée du Palais compte parmi les musées les plus fréquentés au monde, s’érigeant en un lieu de pèlerinage pour les visiteurs venus des quatre coins du globe. Son affluence annuelle a dépassé les dix millions en 2009 avant d’atteindre plus de 17,6 millions en 2024.

Des objets présentés lors de l’exposition du centenaire du Musée du Palais
Sauver l’héritage
Ses premières années furent toutefois difficiles. Les bâtiments, usés par le temps, montraient des signes de décrépitude ; les cours étaient envahies par la végétation ; et la mission muséale, à peine amorcée, ne pouvait se concrétiser sans un inventaire complet de ses trésors.
À l’hiver 1924, l’établissement entreprit l’inventaire sans précédent de chaque objet conservé entre ses murs. Cet effort monumental se poursuivit jusqu’en mars 1930, donnant naissance aux premières archives recensant plus d’un million d’artefacts.
« Les collections du Musée du Palais constituent un patrimoine culturel inestimable de la nation chinoise », affirme l’ancien directeur Zheng Xinmiao à l’agence de presse Xinhua. « Dresser un inventaire exhaustif de ces trésors et garantir leur protection, c’est répondre à notre devoir envers la nation et le peuple. »
Depuis sa fondation, le Musée du Palais a mené plusieurs campagnes de recensement – quatre entre 1949 et 2010 – qui ont permis d’affiner progressivement son registre. Ses collections comptent à présent 1,95 million de pièces ou d’ensembles d’objets, classés en 25 catégories et une centaine de sous-catégories, témoignant de la détermination de l’institution à préserver cet immense patrimoine.
Cette détermination fut cependant confrontée à l’urgence de l’histoire, qui déclencha l’une des plus grandes opérations de sauvetage du patrimoine chinois. Après l’Incident du 18 septembre 1931, qui marqua le début de l’agression japonaise dans le nord-est de la Chine, la ville de Beijing était alors sous menace. Le musée dut transférer ses trésors les plus précieux – bronzes, porcelaines, peintures et jades – vers le sud du pays pour échapper à la destruction ou au pillage. Plus de 19 000 caisses parcoururent des milliers de kilomètres jusqu’à Shanghai et vers des provinces du sud-ouest comme le Sichuan et le Guizhou. Après la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise en 1945, une partie de ces objets d’art retourna au Musée du Palais, une autre fut acheminée à Taiwan par le Guomindang, et certains demeurent encore aujourd’hui dans d’autres musées à travers le pays.

Lancement de la « Cité interdite numérique » au Musée du Palais, le 16 juillet 2019
Restaurer le patrimoine
Née du pinceau de Han Huang au VIIIe siècle, Les Cinq Bœufs est la plus ancienne peinture chinoise sur papier qui nous soit parvenue. Ce rouleau, qui représente cinq bovins dans différentes postures, rendus avec une vivacité et une élégance remarquables, est considéré comme l’une des œuvres d’art majeures de Chine.
Contrairement à la plupart des peintures anciennes chinoises, souvent dédiées aux fleurs, aux oiseaux, aux personnages ou aux paysages, cette œuvre reflète la culture agro-centrée de la Chine. Ce thème concorde parfaitement avec les fonctions de l’artiste, alors ministre chargé de l’agriculture à la cour impériale.
Rapatrié de Hong Kong en 1958 grâce au financement du gouvernement central, le rouleau réintégra le Musée du Palais dans un état de délabrement avancé, criblé de lacérations et marqué par le temps. En 1977, il fut confié à l’atelier de restauration du musée, où Sun Chengzhi, maître restaurateur alors âgé d’environ 70 ans, s’attela à son cas avec une minutie infatigable.
Jour et nuit, il étudia chaque fissure et chaque tache, enchaînant avec rigueur les étapes de la restauration : nettoyage, dégagement des impuretés, doublage du papier et retouche des couleurs. Huit mois de soins intensifs plus tard, l’œuvre retrouva sa splendeur originelle. Présentée aujourd’hui dans le cadre de l’exposition du centenaire du Musée du Palais, Les Cinq Bœufs triomphe, dévoilant autant son éclat artistique que le récit poignant de sa résurrection.
Liu Yang, originaire de Wuxi (Jiangsu), a fait la queue pendant cinq heures pour pouvoir admirer la peinture de près. « La technique traditionnelle chinoise du trait d’encre saisit la musculature des bœufs avec une précision anatomique frappante », s’émerveille-t-il. « Mais ce qui m’a le plus ému, c’est de découvrir les pincettes usées de Sun Chengzhi : derrière la renaissance de ce chef-d’œuvre, je perçois tout le dévouement silencieux des restaurateurs. »
Dans l’ouest du musée, une enfilade de bâtiments sobres abrite le plus grand centre de conservation du patrimoine culturel en Chine. Équipé d’appareils de spectroscopie par plasma induit par laser, de laboratoires pour matériaux organiques et d’ateliers de restauration des textiles et des peintures, il réunit plus d’une centaine d’experts qui examinent, diagnostiquent et traitent les artefacts au millimètre près.
Huang Qicheng, spécialisé dans les objets en bois, recourt à l’impression 3D pour simuler les sculptures de remplacement avant intervention. Pour de menus fragments, six mois peuvent être nécessaires. « Toutes les pièces sont traitées sur un pied d’égalité », affirme-t-il à l’agence Xinhua. « Qu’il s’agisse d’un joyau, d’une chaise ou d’un ustensile quotidien, ils font tous partie intégrante du patrimoine culturel du Musée du Palais. Notre responsabilité est d’en prolonger la vie autant que possible et d’en préserver la valeur au maximum. »

Un disque de jade orné de visages animaux présenté à l’exposition du centenaire du Musée du Palais
Le palais vivant
« Que le Musée du Palais ne devienne pas une relique morte de l’histoire chinoise, mais un musée vivant pour des millions d’années à venir. » Cette aspiration de Li Yuying, l’une des fondatrices de l’établissement, est aujourd’hui devenue réalité.
L’exposition du centenaire du musée révèle son intégration réussie dans l’ère numérique. Sa base de données propose des images en haute définition d’innombrables trésors naguère confinés entre les murs du palais, désormais accessibles au monde.
Parallèlement, l’histoire prend vie de façon savoureuse. Les visiteurs peuvent déguster, dans les restaurants du musée, des glaces et des sorbets inspirés des statuettes animales qui veillent sur les toits du palais. L’un de ces établissements occupe d’ailleurs l’ancienne glacière impériale de l’époque des Qing, où étaient conservés les aliments et la glace naturelle.
Au-delà de l’assiette, les produits dérivés témoignent du même génie créatif. Parmi près de 20 000 articles, le Calendrier du Musée du Palais, qui puise son inspiration dans les chefs-d’œuvre, se distingue particulièrement. Publié depuis 17 ans, il s’est écoulé à plus de 8,5 millions d’exemplaires ; l’édition 2025 à elle seule a atteint 1,2 million de ventes.
La présence physique du musée s’étend aussi au-delà de la Cité interdite pour constituer un véritable réseau au service du public. Cette expansion passe par le Musée du Palais de Hong Kong, inauguré en 2022, le Centre de préservation et de transmission du patrimoine culturel du Musée du Palais, ouvert en 2024 à Macao, et sa future branche nord, actuellement en construction dans l’arrondissement de Haidian à Beijing.
En matière de coopération internationale, le Musée du Palais a accueilli plus tôt cette année la première grande exposition en Chine consacrée à la civilisation minoenne de Grèce. Présentant 172 pièces, cet événement a été organisé en collaboration avec le Musée archéologique d’Héraklion et les autorités culturelles grecques.
Depuis 2012, le Musée du Palais a présenté près de trente expositions en provenance d’Asie, d’Europe et des Amériques, tout en organisant 79 manifestations à l’étranger. Ses partenariats avec des institutions mondiales telles que le Louvre, le British Museum et le Metropolitan Museum of Art ont insufflé une nouvelle dynamique aux expositions conjointes, aux forums académiques et aux projets numériques, érigeant le Musée du Palais en pont entre les civilisations.
*LI QING est journaliste à Beijing Information.
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