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L’arôme du succès |
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| YANG SHUANGSHUANG, membre de la rédaction · 2025-12-03 · Source: La Chine au présent | |
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Moment de détente dans un salon de thé dans la vieille rue de Songyang
Dès l’époque des Trois Royaumes (220-280), le parfum du thé imprégnait déjà les terres de Songyang, à Lishui (Zhejiang). Aujourd’hui, le district abrite 153 200 mu (1 mu = 1/15 ha) de plantations de thé écologique. Un habitant sur trois vit de cette filière, dont la chaîne industrielle dépasse désormais 13,5 milliards de yuans.
Cette industrie florissante attire un nombre croissant de jeunes qui reviennent dans leur région pour entreprendre. Des ateliers de torréfaction manuelle aux salons de dégustation branchés, en passant par les studios de live-stream, cette nouvelle génération réinvente les savoir-faire ancestraux pour les adapter au monde contemporain.
L’artisanat au bout des doigts
Dans les ruelles pavées de Songyang, alors que la brume matinale n’est pas encore dissipée, un délicat parfum de thé s’échappe d’une maison centenaire. Yang Junjie, un artisan du thé né dans les années 1980, s’active devant le fourneau. Ses mains se meuvent rapidement au-dessus du wok de fer brûlant, faisant tourbillonner de tendres feuilles de thé vert entre ses doigts.
« Aujourd’hui, les amateurs de thé sont de plus en plus nombreux ; la valeur de l’artisanat est redécouverte », confie M. Yang. Face à une demande croissante de qualité et d’authenticité, le thé torréfié à la main – apprécié pour sa saveur singulière et sa dimension culturelle – se vend souvent trois à cinq fois plus cher que le thé traité mécaniquement. « L’année dernière, un client venu de Shanghai a fait 600 km en voiture pour acheter mon thé, affirmant que le thé industriel manquait de caractère. »
« Pour torréfier le thé, il faut sentir la température avec le cœur. » Ayant grandi aux côtés de son grand-père, M. Yang a assimilé cet art dès l’enfance. Après son service militaire en 2009, il s’est rendu à Hangzhou (Zhejiang) pour apprendre les techniques de torréfaction du thé Longjing, s’entraînant souvent plus de dix heures par jour.
« Les feuilles torréfiées à la main sont denses et lourdes au toucher, et leur arôme et leur goût sont inimitables. » Il prend une poignée de « Silver Monkey de Songyang » fraîchement torréfié : les feuilles s’épanouissent dans sa paume, leurs duvets argentés scintillent, évoquant la silhouette d’un singe agile. Aujourd’hui, son atelier de thé Jiuchen est réputé et reçoit des commandes de toute la Chine, générant environ 10 000 yuans de ventes chaque mois.
Pour transmettre ce savoir-faire, M. Yang forme patiemment des apprentis, mettant l’accent sur la souplesse du poignet et la régularité de la pression. Inspirés par son exemple, de nombreux jeunes se tournent désormais vers cet art ancestral.

La maison de thé Yushankong est une destination prisée des jeunes à la jonction entre la vieille et la nouvelle ville de Songyang. (PHOTOS : YU JIE)
Les saveurs de l’innovation
À la jonction entre la vieille et la nouvelle ville de Songyang, la maison de thé Yushankong est devenue un lieu prisé des jeunes. Son slogan « Thé traditionnel, création jeune » résume l’ambition de sa fondatrice, Pan Hongri, née également dans les années 1980.
Après des études en management du luxe en France, Mme Pan a mené une carrière professionnelle trépidante. En 2022, elle a quitté son emploi bien rémunéré à Hangzhou pour rentrer chez elle, déterminée à réinterpréter la culture du thé à sa manière.
« Quand j’étais petite, les aînés servaient toujours du thé au sucre glace aux invités pendant le Nouvel An chinois », se souvient-elle. Cette boisson sucrée traditionnelle de Songyang est à l’origine de son inspiration. Mais pour séduire les jeunes, elle savait qu’il fallait de la nouveauté.
Elle a commencé à expérimenter, ramenant des sacs de thé chez elle pour tester de nouveaux mélanges, avec ses amis et ses proches comme dégustateurs. Après de nombreux essais, Mme Pan a innové avec audace, utilisant le thé parfumé de Songyang et le « Silver Monkey de Songyang » comme bases, puis en y infusant des fruits ou en y ajoutant de la crème, du café ou des cocktails. Sa création la plus populaire, « Nuages sur la montagne solitaire », a remporté la médaille d’or lors d’un concours provincial de thé pour l’équilibre parfait entre l’arôme du thé et celui des fruits.
Chez Yushankong, les ustensiles à thé modernes côtoient les tables anciennes. Les jeunes qui s’y rendent ne se contentent pas d’apprécier ces créations, ils vivent aussi une expérience sociale. « Nous ne vendons pas seulement du thé, mais un art de vivre », déclare Mme Pan.
L’année dernière, elle a organisé une exposition associant marques de luxe et produits ruraux de Songyang : un sac à main Gucci à côté du « Silver Monkey de Songyang », une tenue Balenciaga à côté de pousses de bambou séchées de montagne. « Redécouvrir la beauté des produits locaux à travers le prisme du luxe mondial, c’est fascinant », se réjouit-elle. Aujourd’hui, elle a vendu plus de 2 000 coffrets-cadeaux composés de produits agricoles locaux.
« La culture traditionnelle du thé a besoin d’une expression jeune », affirme Mme Pan. Avec deux maisons de thé à Lishui et Hangzhou, elle prévoit d’étendre sa gamme de boissons créatives et de se lancer dans l’e-commerce pour que le parfum du thé de Songyang voyage encore plus loin.
La diffusion en direct de la culture du thé
Le marché du thé du sud du Zhejiang à Songyang, le plus grand marché de thé vert de Chine, baigne toute la journée dans un parfum de thé. Ici, les boutiques de thé bordent les rues, les producteurs et marchands de thé se succèdent, et les transactions quotidiennes atteignent 185 tonnes.
Cette effervescence a ouvert de nouvelles opportunités commerciales pour les agriculteurs et les commerçants locaux. En 2017, Wang Yipeng a quitté son emploi en ville pour retourner à Songyang, devenant l’un des premiers jeunes à se lancer dans l’e-commerce. Au début, ses parents ne comprenaient pas pourquoi un diplômé universitaire rentrerait pour vendre du thé. Mais il était convaincu que l’industrie du thé à Songyang avait un avenir prometteur.
Il a constitué une équipe de seize personnes et a parcouru des plantations de thé pour consulter des cultivateurs expérimentés, filmant chaque étape du processus, de la cueillette à la torréfaction. Sa marque, « Paysan du thé Wang Dapeng », compte plus de 700 000 abonnés grâce aux vidéos éducatives publiées sur des réseaux sociaux tels que Douyin et RedNote. Il vend près de 500 kg de thé par jour, générant un chiffre d’affaires annuel de 30 à 40 millions de yuans.
Aujourd’hui, Songyang compte plus de 700 entreprises d’e-commerce, dont plus de la moitié est spécialisée dans le commerce du thé. L’e-commerce est devenu un moteur clé de la transformation et de la montée en gamme de l’industrie locale. À ce jour, le district a développé 1 650 boutiques de thé en ligne, avec des ventes qui ont dépassé 5 milliards de yuans en 2024.
L’e-commerce n’a pas seulement élargi les débouchés du thé de Songyang, mais a aussi créé de nombreux emplois. De plus en plus de jeunes retournent dans leur région natale pour créer leur propre entreprise, augmentant leurs revenus grâce au live-streaming. Songyang ajuste activement sa stratégie industrielle du thé en adoptant une nouvelle vision : un approvisionnement et une commercialisation à l’échelle nationale, soutenus par un système logistique complet.
« Nous ne vendons pas seulement du thé, mais aussi une émotion culturelle de Songyang », déclare Wang Yipeng. Cette terre, imprégnée d’une culture millénaire du thé, retrouve une nouvelle vitalité grâce au retour de ces jeunes.
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